Rentrée scolaire, croissance et reprise du sport : comment prévenir les douleurs chez l’enfant et l’adolescent ?
La rentrée scolaire marque souvent un nouveau départ : retour au rythme des cours, reprise des entraînements, nouveaux objectifs sportifs, nouveaux repères. Pour beaucoup d’enfants et d’adolescents, c’est aussi une période de croissance rapide, de modification des appuis, de hausse brutale de la charge physique et parfois d’apparition de douleurs que l’on banalise trop vite sous l’étiquette de “douleurs de croissance”.
Pourtant, toutes les douleurs chez l’enfant ne relèvent pas simplement de la croissance. Et inversement, il ne faudrait surtout pas que la peur de la douleur éloigne les jeunes du sport. Car l’activité physique reste un pilier majeur de leur développement, non seulement sur le plan locomoteur, mais aussi sur le plan cognitif, émotionnel et social. Les recommandations de l’OMS rappellent que les enfants et adolescents devraient atteindre en moyenne 60 minutes par jour d’activité physique d’intensité modérée à soutenue. Les données scientifiques montrent également des associations positives entre activité physique, condition physique, fonctions cognitives et performance scolaire, avec un effet intéressant en particulier sur certaines fonctions exécutives.
Le sport n’est pas un problème : c’est une nécessité
C’est un point essentiel à rappeler à l’approche de la rentrée : faire du sport aide l’enfant à grandir, à mieux se coordonner, à mieux se concentrer et à mieux se construire. Le sport ne sert pas seulement à “se dépenser”. Il participe au développement moteur, à l’autonomie, à la confiance en soi, à la gestion des émotions, et contribue aussi à la santé métabolique et musculo-squelettique. Chez les enfants et adolescents, plusieurs travaux montrent qu’une activité physique bien conduite peut soutenir l’attention, les fonctions exécutives et, plus largement, les conditions favorables aux apprentissages.
Le vrai enjeu n’est donc pas de faire moins de sport. Le vrai enjeu est de faire mieux, au bon moment, avec une charge adaptée, une bonne récupération et une surveillance intelligente des signes d’alerte.
Un constat préoccupant : le décrochage sportif apparaît tôt, surtout au collège
C’est précisément au moment où le sport est le plus utile que beaucoup de jeunes décrochent. En France, un collégien sur cinq ne pratique pas de sport régulièrement pendant ses loisirs, et cette absence de pratique est plus fréquente chez les filles : 22 % contre 14 % chez les garçons. Plus largement, entre 14 et 18 ans, 26 % des jeunes abandonnent une pratique sportive régulière.
Ces chiffres doivent nous interroger. Chez les filles en particulier, le collège correspond souvent à une période de bascule : pression scolaire, image corporelle, moindre confiance dans ses capacités physiques, changements pubertaires, environnement sportif parfois moins favorable. Or, renoncer au sport à cet âge, c’est souvent perdre un levier majeur de santé et de construction personnelle.
Le message de prévention doit donc être clair : oui, il faut encourager la pratique sportive à la rentrée. Mais il faut aussi apprendre à reconnaître les situations où une douleur n’est plus anodine.
Pourquoi la rentrée est une période à risque ?
Septembre cumule plusieurs facteurs de risque :
- reprise parfois brutale des entraînements ;
- augmentation du volume de course, de sauts ou de changements d’appuis ;
- croissance rapide pendant l’été ;
- fatigue liée au changement de rythme ;
- matériel inadapté ou devenu trop petit ;
- spécialisation sportive trop précoce ou surcharge de compétitions.
La littérature scientifique confirme que la croissance et la maturation influencent le risque de blessure chez les jeunes sportifs. Les périodes de croissance rapide, notamment en taille ou au niveau des membres inférieurs, semblent associées à une augmentation de l’incidence ou du poids des blessures. Cette vigilance est d’autant plus importante que les données restent encore insuffisantes chez les sportives, ce qui renforce l’intérêt d’une observation clinique attentive chez les filles adolescentes.
Autrement dit : un adolescent qui grandit vite ne se blesse pas “par hasard”. Son corps se réorganise. Les leviers changent, les contraintes mécaniques se redistribuent, la coordination peut être temporairement moins efficiente, et certaines zones de croissance deviennent plus sensibles à la répétition des efforts.
Toutes les “douleurs de croissance” ne sont pas de vraies douleurs de croissance
C’est probablement l’idée reçue qu’il faut le plus combattre.
Beaucoup de parents disent : “Il grandit, c’est normal qu’il ait mal.” En réalité, la notion de “douleurs de croissance” est beaucoup plus floue qu’on ne le pense. La littérature souligne une forte hétérogénéité autour de cette définition, ce qui doit nous rendre prudents face à cette expression souvent utilisée comme explication un peu trop facile.
Dans la pratique, certaines douleurs sont bénignes et transitoires. Mais d’autres correspondent en fait à de véritables douleurs de surcharge, liées à la croissance, au sport ou à l’interaction entre les deux.
Quels problèmes retrouve-t-on le plus souvent à la rentrée ?
Chez l’enfant de primaire (environ 6–10 ans)
À cet âge, l’objectif principal reste de bouger beaucoup, varier les activités et développer les habiletés motrices. Les douleurs ne sont pas la norme. On peut parfois observer :
- fatigabilité inhabituelle à la marche ou à la course ;
- gêne dans certaines chaussures ;
- chutes fréquentes ou maladresses persistantes ;
- plaintes diffuses après les activités.
Le plus souvent, il faut surtout surveiller la qualité de la reprise, la progression de l’activité et l’évolution de l’équipement.
Chez le préadolescent et le collégien (environ 11–14 ans)
C’est la zone la plus sensible. La croissance s’accélère, les sports se structurent davantage, les charges augmentent. C’est l’âge typique de certaines pathologies de surcharge liées aux zones de croissance.
La maladie de Sever est l’un des exemples les plus classiques : il s’agit d’une cause fréquente de douleur du talon chez l’enfant sportif en croissance, souvent en lien avec la course, les sauts et les changements d’appuis. Elle est classiquement décrite comme une pathologie de surutilisation chez l’enfant physiquement actif.
Autre tableau fréquent : l’Osgood-Schlatter, douleur située sous le genou, au niveau de la tubérosité tibiale, particulièrement fréquente chez les adolescents sportifs, surtout dans les sports de course et de saut. C’est une lésion de surutilisation liée aux contraintes répétées sur une zone de croissance vulnérable.
À cet âge, les entorses de cheville à répétition, les douleurs d’avant-pied, certaines douleurs tibiales et les douleurs fémoro-patellaires doivent également être prises au sérieux lorsqu’elles se répètent.
Chez l’adolescent de lycée (environ 15–18 ans)
Le tableau change un peu. On entre dans des logiques de performance, de spécialisation, de volume d’entraînement plus élevé, parfois de double contrainte études + sport. Les douleurs deviennent plus volontiers :
- tendineuses ;
- rotuliennes ;
- liées à des troubles de charge ;
- en rapport avec des antécédents d’entorses mal récupérées ;
- entretenues par une fatigue chronique ou une récupération insuffisante.
C’est aussi l’âge où beaucoup de jeunes “tiennent” malgré la douleur, jusqu’à ce qu’elle gêne franchement la pratique.
Les signes qui doivent conduire à un bilan
Voilà la partie la plus importante de l’article sur le plan préventif.
Un bilan est pertinent lorsqu’un enfant ou un adolescent présente l’un des éléments suivants :
- une douleur localisée, toujours au même endroit ;
- une douleur qui revient à chaque entraînement ou après chaque séance ;
- une douleur qui entraîne une boiterie ;
- une baisse de performance ou un évitement du sport ;
- des entorses de cheville à répétition ;
- une douleur du talon, du genou ou de l’avant-pied chez un jeune en pleine croissance ;
- une douleur qui persiste plusieurs semaines malgré l’adaptation de l’activité ;
- une gêne dans les chaussures, une usure anormale, ou un changement visible de la façon de courir ou de marcher ;
- un gonflement, une tuméfaction, une limitation articulaire ou une douleur à la palpation.
Et certains signes doivent faire rechercher une cause qui dépasse la simple surcharge mécanique : douleur intense ou inhabituelle, douleur associée à un gonflement important, douleur avec limitation nette d’amplitude, douleur qui réveille régulièrement, altération de l’état général, ou tableau clinique atypique. La littérature sur les “growing pains” rappelle justement que des signes tels qu’une atteinte articulaire, une diminution des amplitudes, une douleur provoquée par les mouvements ou une sensibilité localisée doivent inciter à aller plus loin dans l’évaluation.
Prévenir plutôt que subir : les 7 principes de rentrée
1. Reprendre progressivement
L’erreur classique est simple : passer de vacances relativement calmes à plusieurs séances intenses par semaine. Une reprise progressive reste la première mesure de prévention.
2. Surveiller les poussées de croissance
Un adolescent qui a pris plusieurs centimètres en peu de temps mérite une vigilance particulière, surtout s’il pratique un sport à impacts.
3. Vérifier l’équipement
Une chaussure trop petite, trop usée ou inadaptée au sport pratiqué peut entretenir certaines douleurs. L’équipement ne fait pas tout, mais il ne doit pas devenir un facteur aggravant.
4. Respecter le sommeil et la récupération
Un jeune qui grandit, apprend et s’entraîne a besoin de récupérer. La fatigue modifie le contrôle moteur et peut majorer certaines contraintes.
5. Varier les sollicitations
La diversification motrice reste une alliée précieuse, surtout chez l’enfant et le jeune adolescent. Elle limite l’hyper-sollicitation toujours au même endroit.
6. Ne pas banaliser une douleur répétée
Une douleur n’est pas forcément grave. Mais une douleur répétée n’est jamais un message à ignorer.
7. Consulter avant l’arrêt complet du sport
L’objectif d’un bilan n’est pas de sortir le jeune du sport. Au contraire, il s’agit souvent de l’aider à continuer dans de meilleures conditions, avec les bons ajustements.
Quel peut être l’intérêt d’un bilan podologique ou fonctionnel ?
Lorsqu’une douleur apparaît à la rentrée, l’enjeu n’est pas de “mettre une semelle à tout le monde”. L’enjeu est de comprendre.
Un bilan peut permettre d’analyser :
- le contexte de croissance ;
- la reprise sportive ;
- les antécédents de douleurs ou d’entorses ;
- les contraintes propres au sport pratiqué ;
- les appuis, la marche, la course, la stabilité et la coordination ;
- les facteurs favorisants, qu’ils soient mécaniques, fonctionnels ou liés à la charge d’entraînement.
Cette approche est particulièrement utile chez l’enfant ou l’adolescent sportif qui présente des douleurs récurrentes du talon, du genou, de la cheville ou de l’avant-pied, ou chez celui qui semble “décrocher” du sport à cause d’une gêne physique mal identifiée.
Notre message pour cette rentrée
À l’approche de la rentrée, le bon message n’est ni alarmiste, ni simpliste.
Il ne faut ni banaliser toutes les douleurs sous prétexte que “c’est la croissance”, ni freiner la pratique sportive par peur de la blessure.
Le bon message est celui-ci :
le sport fait partie de la santé de l’enfant et de l’adolescent ;
la croissance modifie temporairement les équilibres mécaniques ;
certaines douleurs sont fréquentes, mais elles ne doivent pas être négligées lorsqu’elles persistent, se répètent ou limitent la pratique.
Aider un jeune à rester actif, à prévenir ses douleurs et à traverser sereinement une phase de croissance, c’est souvent lui permettre de conserver le goût du sport au moment même où beaucoup l’abandonnent.
Si votre enfant ou votre adolescent reprend le sport à la rentrée et présente une douleur du talon, du genou, de la cheville ou du pied, ou s’il a tendance à limiter ses activités à cause d’une gêne récurrente, un bilan peut permettre d’identifier les facteurs en cause et de mettre en place une stratégie de prévention adaptée.
Au Centre de Podologie de Provence, nous accompagnons les enfants, adolescents et sportifs dans une logique de prévention, de compréhension du mouvement et de maintien de l’activité physique, avec une attention particulière portée aux périodes de croissance et aux contraintes propres à chaque sport.







